Silvère et miette face à l’insurrection (la fortune des rougon macquart)

Littérature du XIXeme siècle

Commentaire de texte : La fortune des Rougon-Macquart

Le passage étudié appartient au chapitre un de l’œuvre de Zola, La fortune des Rougon. Le coup d’état de Louis-Napoléon Bonaparte instaurant le Second empire vient d’avoir lieu et Zola nous présente trois personnages phares représentant l’opposition républicaine à ce nouveau pouvoir en place : Silvère etMiette, deux jeunes provençaux plein d’espoir et de courage innocent et la bande des insurgés, figure de la révolution en marche vers la liberté.
Sous les yeux de Silvère et de Miette, le groupe arrive donc continuant sa marche à travers Plassans. Zola nous fait dans ce passage une description phénoménale de l’arrivée des insurgés à partir du champ de vision des deux autres personnages situés sur lepont de la Viorne, surplombant donc la vallée.
Le passage s’ouvre sur les mots de Silvère qui confirme l’arrivé tant attendu des insurgés. La rupture ressentie par Miette entre elle et son compagnon à partir de ce moment précis constitue un premier point important de l’extrait. Dans le gigantisme et le retentissement de ce passage, il est difficile de passer à coté de la connivence créée entrela nature et la bande des insurgés à tel point que ceux-ci ne semble faire plus qu’un. Une dimension orchestrale, une musicalité monstrueuse semble également émaner de cette foule perçue par Silvère et Miette. C’est par divers procédés que Zola donne à ce passage une force et un entrain extraordinaire.

Dans le texte de Zola, on fait la rencontre en premier lieu de deux jeunes personnages,Silvère et Miette. On apprend que ceux-ci sont liés depuis leur plus tendre enfance et se destine à devenir mari et femme. Mais la révolution en marche après le coup d’état de Napoléon III bouleverse la vie des deux enfants et pousse Silvère à prendre la décision de se joindre aux révolutionnaires afin de combattre ce nouveau pouvoir. Dans le passage en question Silvère, à la vue de la bande desinsurgés qu’il attendait impatiemment, est complètement happé par le mouvement ce qui laisse Miette dans un désespoir profond. En effet Miette est décrite comme « un peu pâle », elle porte un regard triste sur les insurgés pourtant symbole de la lutte de laquelle elle se révèle être également partisane. Mais l’amour, cet amour partagé entre l’amour fraternel de la jeunesse et le futur amourromantique destiné à les lier dans un avenir plus tardif, ôte premièrement à Miette toute la joie et l’espoir que pourrait lui apporter cette troupe et ne lui laisse que le gout amer de l’abandon spirituel de Silvère au profit de ces « inconnus ». Miette est entrainée impuissante, Silvère lui est complètement « arraché » des bras par ces insurgés.
Zola réunit d’abord les deux personnages en un « Ils »heureux, unis, seuls pour ensuite nommer « maintenant Silvère » et « elle » séparément comme une scission littérale représentative de la séparation des deux être par la bande. Par un procédé de répétition du « si » et une légère allitération en s « si perdu dans le grand silence et les clartés discrète de la lune ! », Zola accentue ce profond sentiment de solitude et de désespoir ressenti parMiette. La troupe vient troubler l’atmosphère parfaitement calme et lointaine dans laquelle les deux personnages baignaient. Ils ne sont plus que deux être assistant au spectacle de la Révolution.

Et quel spectacle ! Dans la « paix morte et glacée de l’horizon » apparaissent soudain comme venu d’ailleurs des hommes désignés tantôt comme une « petite armée » organisée, formée de « bataillons »tantôt comme une « foule », une « masse noire » semblant incontrôlable. Ces « quelque millier d’hommes » sont présentés comme une foule énorme, écrasante. La progression verbale correspondant à l’arrivée des insurgés donne des dimensions incroyables au texte. Ainsi « l’élan superbe », « irrésistible » de la bande, l’irruption « terriblement grandiose », les chants enflant « de plus en plus », les…