La liberté de pensée

« La liberté de pensée »
C’est le titre d’une célèbre chanson de Florent Pagny, c’est aussi le titre d’un traité philosophique de Voltaire en 1760, mais en ce qui me concerne, je la situe dans le contexte universitaire dans lequel j’évolue.

Par Haffaf Hafid (*)
Pascal nous dit que la pensée fait la grandeur de l’homme, car elle lui permet de se représenter ce qu’il est, de se représenterle réel par concepts. Conjuguée à la liberté, elle repousse les limites de notre cerveau à produire de l’intellect. Le processus de mondialisation qui accélère les changements économiques et sociaux devrait s’accompagner de celui du renouvellement des ressources intellectuelles puisées dans les gisements naturels des laboratoires de recherche, des vagues successives de diplômés universitaires, desnouvelles idées qui émanent de débats contradictoires à travers les associations apolitiques et civiles, des découvertes scientifiques et technologiques qui ont un impact réel et positif sur le bien-être de la population. La formation de l’esprit critique doit commencer dès le plus jeune âge, cependant, le but de mon article est de montrer que ce n’est malheureusement pas dans ce sens que l’on ledirige.
Subordonner l’aspect scientifique aux contraintes et procédures administratives caractérisées par la rigidité, la lourdeur bureaucratique, l’arbitraire (parfois) et le manque d’ouverture spirituelle est de nature à briser les élans et les velléités progressistes et prospectives. Il est difficile d’imaginer l’avenir de l’université si la gestion, telle que conçue par certains, laisse peude latitude aux sous-responsables qui peuvent être évincés plus pour des raisons d’indocilité que d’incompétence, si on n’arrive pas à dissocier le phénomène de valorisation de la recherche de celui des méthodes et balises qui y conduisent, si ceux qui ont à cœur de nous faire sortir de cette inertie n’ont pas droit (ou plutôt voix) au chapitre, et si le flou persiste pour savoir qui est au servicede quoi. Dans les pays communistes, les intellectuels sont poursuivis pour leurs opinions bourgeoises dès qu’elles s’écartent de la doctrine du parti et de la propagande officielle, la liberté de penser est réduite par la censure du pouvoir en Iran où la presse est soigneusement muselée. Les pays préfèrent rechercher le profit à court terme en culminant les compétences utiles et rapides àfabriquer, ils renoncent imprudemment à l’investissement à long terme qu’est celui de la formation de base et de la curiosité scientifique nourrie par la capacité d’exercer « librement » son esprit critique, de pouvoir comparer avant de choisir sur la base de critères viables.
Ne pas sortir des sentiers battus semble être le maître mot que cela soit au niveau pédagogique, scientifique ou managérial. Eneffet, l’université demeurée au fil des siècles parmi les rares endroits à l’abri des expressions de force, un lieu où des discours qui professent paradoxalement l’ouverture, est en train de glisser vers un mode à la caserne, où le chef, le professeur, l’agent… ont toujours raison, vers une mise au pas (à l’instar de celle de la société) qui fait craindre des lendemains peu reluisants. Les outilsaussi bien que les démarches sont de plus en plus imposés, et par conséquent de plus en plus contestés (les protestations font tache d’huile), réduisant la liberté de pensée, et par ricochet, celle d’agir aux plus simples expressions. Privant les jeunes cadres de réaliser des projets novateurs, marginalisant les compétences qui se dressent en opposition, ce dirigisme fatal est en contradictionavec l’ouverture du savoir et l’objectif de produire des citoyens démocrates ; sans conviction, l’aspect exécutoire prime sur le rationnel. Ce système, une fois mis en place, est autoréplicatif, il se reproduit telle une épidémie à tous les niveaux.
L’étudiant se voit disposer d’une série de faits sans avoir la perspicacité de juger, on assiste à des cours magistraux ternes qui n’intéressent plus,…