Quinte-curce, les barbares
Leçon : Les Barbares dans les livres VIII à X des Histoires de Quinte-Curce
Introduction (7 min)
L’œuvre majeure de Quinte-Curce nous est parvenue sous la forme d’une geste : la conquête d’Alexandre des territoires perse et mésopotamien. Les livres VIII à X qui constituent notre corpus se situent après la victoire du Granique, la victoire d’Alexandre sur les Grecs étant alors acquise. Ilsse concentrent précisément sur la découverte de peuples inconnus et leur soumission progressive, de gré ou de force. Il est alors évident que l’étranger prend une part centrale dans ce récit, sous la forme particulièrement signifiante dans l’Antiquité du barbare.
Barbare — et le concept de barbarie qui lui est attaché — ont, depuis les Grecs, eu une connotation péjorative. Ils peuventtraduire à la fois le mépris pour l’autre, l’étranger, ainsi que la crainte qu’il inspire. Au fil de l’histoire, le terme a revêtu différentes acceptions. À l’origine, le terme barbare était un mot utilisé par les anciens Grecs pour désigner d’autres peuples n’appartenant pas à leur civilisation, dont ils ne parvenaient pas à comprendre la langue. Bárbaros n’a à l’origine, aucune nuance péjorative, ilsignifie simplement « non grec » ou plus largement toute personne dont les Grecs ne comprennent pas la langue, quelqu’un qui s’exprime par onomatopées : « bar-bar ». Il s’agissait donc au départ d’un simple critère linguistique permettant de distinguer les individus dont le langage leur apparaissait comme un babil inintelligible. Par extension, cette différence linguistique donnera une visionnégative, méprisante, de l’autre, de l’étranger, qui se retrouvera dans la définition transmise par les Grecs au monde romain. Après la conquête de la Grèce, les Romains adoptèrent le terme grec et l’utilisèrent pour désigner les peuples qui entouraient leur propre monde. Était donc qualifié de barbare à Rome celui qui n’appartenait pas à la sphère culturelle gréco-romaine, quel que fût son niveau decivilisation.
Dans notre œuvre, Alexandre lui-même entreprend une aventure qui le mène aux confins du monde connu, à la rencontre des peuples qui vivent de part et d’autre de l’Indus. L’entreprise d’extension du pouvoir macédonien se double alors d’une entreprise de découverte des barbares. La question est alors celle de l’attitude à adopter vis-à-vis de ces barbares qu’il s’agit non seulement dedominer ponctuellement, mais aussi de tenir à long terme.
Depuis la thèse de Yves Albert Daugé (Le Barbare. Recherches sur la conception romaine de la barbarie et de la civilisation), les études contemporaines s’attachent à isoler deux sèmes pour définir le barbare / barbarie : feritas et vanitas. Il s’agira aussi de voir si cette double définition est strictement opératoire dans notre texte, ousi le traitement des barbares chez Quinte-Curce renouvelle ou particularise cette approche.
Aussi, s’intéresser aux barbares chez Quinte-Curce, c’est avant tout mettre en équation non seulement le rapport « intradiégétique » d’Alexandre, de sa cour et de son armée avec les peuples soumis ou en passe d’être conquis, mais aussi le rapport « extradiégétique » que Quinte-Curce et son auditoirepeuvent avoir avec les Barbares, plus précisément les Orientaux aux marges du territoire de l’empire romain. Il s’agira donc d’établir, en tenant compte de son évolution, le contenu idéologique du terme de barbare pour Alexandre, mais aussi déceler dans l’œuvre ce qui ressortit précisément à une idéologie macédonienne du barbare portée par Quinte-Curce.
Problématique : l’image que l’œuvre de QClivre des barbares est idéologiquement et rhétoriquement orientée : elle approfondit le statut problématique que revêtent les barbares chez alex et l’évolution de la place des barbares dans l’idéologie macédonienne, mais elle rend également compte d’une vision déformée de l’autre conçu comme barbare dans la Rome du Ier siècle.
Annonce du plan :
La construction du barbare chez Quinte-Curce…