Les héritiers

novembre 16, 2018 Non Par admin

Séminaires de formation à la recherche Méthodes quantitatives 2004-2005 Responsable : Pierre Mercklé

Fiches de lecture
BOURDIEU et PASSERON (1964) : Les Héritiers
Fiche de lecture réalisée par Marlène Benquet (ENS-LSH)

BOURDIEU Pierre, PASSERON Jean-Claude (1964), Les Héritiers. Les étudiants et la culture, Paris, Minuit, coll. « Le sens commun »
L’ouvrage de P. Bourdieu et J.C. Passeronest une étude sociologique des étudiants de l’enseignement supérieur et plus précisément des facultés françaises de lettres entre les années 1960 et 1963. L’analyse a été réalisée a partir d’un matériel divers (composé d’un ensemble d’enquêtes réalisées dans la cadre du Centre de sociologie européenne dont les résultats complets ont parus dans Les étudiants et leurs études1, des statistiquesfournies par l’INSEE et le BUS, et des pré-enquêtes ou études monographiques réalisées par des étudiants de Lille et Paris sous la direction de Bourdieu et Passeron ) permettant à la fois de quantifier les phénomènes étudiés par l’analyse statistique et de caractériser le rapport subjectif que les étudiants entretiennent avec l’université et la culture par la réalisation d’entretiens individuels.L’objectif de l’ouvrage est de réinscrire l’étude des étudiants de l’enseignement supérieur dans une sociologie des inégalités devant l’école, en travaillant contre l’idéologie scolaire et une certaine sociologie de l’école. En effet, si les sociologues s’accordent à reconnaître l’existence d’un corrélation entre l’origine sociale et la réussite scolaire, certains réduisent l’inégalité des chances àl’inégalité d’accès à l’enseignement supérieur produite par la possession inégale de capital économique. L’égalité formelle des élèves serait donc la démocratisation réelle de l’école, mettant fin aux discriminations sociales à l’intérieur d’une institution jugeant uniquement le mérite individuel. Cette théorie sociologique rejoint ainsi l’idéologie scolaire du don selon laquelle, une fois l’égalitéformelle des élèves réalisée (dans le cas paradigmatique du concours par exemple), les différences individuelle ne seraient plus que le produit de l’inégalité des dons. Contre cette position théorique, les auteurs entreprennent un travail de redéfinition et de caractérisation de l’inégalité scolaire, du capital, et de la culture scolaire, pour exhiber les mécanismes de reproduction des privilègessociaux qui sous-tendent l’apparente égalité des élèves de l’université. Il s’agit de démontrer que les chances objectives de réussite scolaire sont le produit de la possession plus ou moins importante de capital culturel, que la culture scolaire est la culture intériorisée des élites, et l’ethos bourgeois la norme du jugement universitaire. Il n’y aurait donc pas de corrélation malheureuse entrel’appartenance à certains milieux sociaux et l’accès à l’université, mais l’organisation systématique par l’université de la reproduction de la domination des héritiers au sein même de l’université.

1 Cahiers du Centre de sociologie européenne, publication de l’Ecole pratique de hautes études, Mouton et C°, Paris 1964.

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L’ouvrage est organisé en trois moments. Il s’agit tout d’abord de réinscrire l’étude des étudiants dans une sociologie des inégalités, par un travail de redéfinition des catégories d’inégalité, de capital et de transmission. Les auteurs exposent ici les mécanismes qui sous-tendent la corrélation statistique entre le milieu social d’origine et la réussite scolaire. Mais, ce travailconduit à la rencontre d’un problème sociologique majeur : dès lors que les étudiants ne sont un groupe que faussement homogène, travaillé par la différenciation liée à la possession inégale de capital culturel intériorisé, à quelles conditions peut-on faire du milieu étudiant un objet sociologique ? Où réside l’unité du milieu étudiant ? Il s’agit donc dans une deuxième partie de montrer…