Le cahier rouge de françois coppée

novembre 29, 2018 Non Par admin

Le Cahier Rouge.

Par François Coppée. (1842-1908)

TABLE DES MATIERES
AVERTISSEMENT
Aux Amputés De La Guerre.
Vieux Soulier.
Le Printemps.
Tristement.
Fantaisie Nostalgique.
Tableau Rural.
Croquis de Banlieue.
Menuet.
Le Fils De Louis XI.
En Sortant D’Un Bal.
Cheval De Renfort.
Au Bord De La Marne.
Pour L’OEuvre Du Sou Des Chaumières.
Pour Toujours!
Désespérément.
Morceau AQuatre Mains.
Sonnet.
Rythme Des Vagues.
Aux Bains De Mer.
Matin D’Octobre.
Aubade Parisienne.
Lendemain.
Kabala.
Sur la Terrasse Du Château De R…
Gaîté Du Cimetière.
En Bateau-Mouche.
Aubade.
Douleur Bercée.
Blessure Rouverte.
Presque Une Fable.
Canon Pour Le livre: L’Offrande.
Théophile Gautier
Lutteurs Forains.
A Un Sous-Lieutenant.
Prologue
La Première.
A Un Lilas.
DansLa Rue, Le Soir.
Noces Et Festins.
Au Lion De Belfort.
Désir Dans Le Spleen.

AVERTISSEMENT
TOUT en nous occupant de la composition de divers ouvrages
assez importants que des circonstances, sans intérêt pour le
lecteur, ne nous permettent pas de publier encore, nous avions
l’habitude, à nos heures de fatigue, d’ouvrir un mince cahier
rouge qui traîne toujours sur notre table et de nousdélasser en
y écrivant quelques poésies fugitives, à peu près comme un
enfant paresseux illustre de pierrots pendus les marges de sa
grammaire.

C’étaient parfois des strophes qu’on nous faisait l’honneur
de nous demander, en faveur des oeuvres patriotiques fondées
à la suite des récents malheurs de la France; mais plus souvent
c’étaient de simples fantaisies, des notes rapides, descroquis
jetés, ou bien encore une plainte que nous arrachait notre mal
ordinaire, le spleen. Il nous arrivait aussi de transcrire sur le
cahier rouge d’anciens vers de jeunesse que, de très bonne foi,
nous croyions avoir détruits et que nous retrouvions, par ha-
sard, dans nos vieux papiers, donnant ainsi raison à la spiri-
tuelle boutade de Théophile Gautier, qui prétend qu’un poète
ne brûlejamais un manuscrit sans avoir d’abord pris soin d’en
tirer copie.

Or notre éditeur et ami, Alphonse Lemerre, étant un jour
venu nous blâmer de notre lenteur à terminer les différents tra-
vaux dont nous lui avions parlé, nous avons pensé au cahier
rouge que nous n’avions pas ouvert depuis longtemps.
Tout d’abord, ces anciens vers nous firent un peu l’effet des
fleurs sèches d’un herbier oud’une collection de papillons épin-
glés par un entomologiste; mais quelques amis, trop indul-
gents sans doute, furent d’un avis opposé et nous assurèrent
que notre cahier manuscrit pouvait devenir une plaquette im-
primée.

Nous nous sommes donc décidé à le publier, ce Cahier
rouge, sans lui chercher même un autre titre, tel qu’il est,
dans son désordre, qui est peut-être sa variété.C’est une simple
carte de visite que nous envoyons au public, auprès de qui
nous comptons faire – et à brève échéance – de plus graves
démarches.

D’ailleurs, nous donnons ces quelques mots d’avertissement,
non pas pour réclamer l’indulgence du lecteur, mais bien pour
lui expliquer le manque de composition de ce petit livre. Quant
au sort que la publicité lui réserve, nous n’y pensons mêmepas.
Selon nous, le poète n’a plus à s’occuper de ce qu’il a déjà
accompli, mais seulement de ce qu’il se propose de faire encore.
C’est vers la perfection qu’il rêve, et non vers le succès qu’il
constate, que doivent tendre ses progrès; et, pour notre compte
personnel, quand une fois nous avons donné notre livre à l’im-
pression, nous n’en prenons pas plus souci que les arbres prin-taniers, que nous voyons de notre fenêtre, ne s’inquiètent de
leurs feuilles mortes du dernier automne.
Mai 1874.

Aux Amputés De La Guerre.
« Pour L’oeuvre Des Amputés De La Guerre. »

A quoi pensez-vous, ô drapeaux
De nos dernières citadelles,
Vous qui comptez plus de corbeaux
Dans notre ciel que d’hirondelles?

A quoi penses-tu, laboureur,
Qui, dans un sillon de charrue,
Te détournes…