L’autorité est-elle toujours respectable ?

WINSTANLEY17/01/2010
Meryl

L’autorité est-elle toujours respectable ?

« Le principe de la monarchie […]se corrompt lorsque le prince change sa justice en sévérité ; lorsqu’il met, comme les empereurs romains, une tête de Méduse sur sa poitrine ; lorsqu’il prend cet air terrible et menaçant que Commode faisait donner à ses statues. » ( Montesquieu, de l’Esprit des lois, livre VIII, 6-7-8)Par cette citation, il est aisé de constater que « l’autorité », qui est le pouvoir de commander, de se faire obéir et de décider, peut se présenter sous différents aspects. Elle peut-être juste ou injuste, légitime ou illégitime. Quant à savoir, dans quelle mesure l’autorité est respectable, l’histoire nous apprend que les conquêtes de la démocratie se sont faites par une lutte incessantecontre l’autorité absolue : celle de Dieu et de l’Eglise, celle du Roi totalitaire de l’Ancien Régime. A l’inverse, le gouvernement du Maréchal Pétain s’est construit en réaction contre une prétendue remise en cause des autorités, sur la restauration du respect absolu de l’autorité de l’Etat, en la personne de son chef, de l’Eglise et du père de famille. Enfin, 1958 a vu en France l’instauration d’unpouvoir fort et centralisé que personne n’a contesté. Il semble donc que les citoyens comprennent qu’il n’y a pas d’incompatibilité entre la démocratie et l’autorité. Cette dernière serait même une sorte de garantie de la liberté.
En effet, l’absence d’un pouvoir fort n’est pas toujours ressentie comme la voie menant au bonheur. L’autorité est semble-t-il, une nécessité, un impératif dont l’unedes missions est de maintenir une cohésion minimum du groupe.

Cette idée, Montesquieu l’avait bien comprise. Aussi ne cherche-t-il pas à détruire l’autorité au profit de l’anarchie, sachant pertinemment que les plus forts s’empareraient du pouvoir aussitôt que celui-ci serait abandonné. L’autorité se transformerait alors en despotisme privant ainsi le peuple de tout espoir de reconquérir sesdroits. Au contraire, il cherche le meilleur gouvernement capable de sauvegarder les libertés fondamentales, que ce soit dans une république ou dans une monarchie. Il ne prétend pas que cette dernière doit être niée. Il explique qu’elle est vouée à la décadence lorsqu’elle est arbitraire et ôte les privilèges des pouvoirs intermédiaires.

Ainsi, en s’inspirant de la Politique d’Aristote et del’essai sur le Gouvernement Civil de John Locke, Montesquieu a compris que la liberté politique résulte nécessairement des lois établies liant le gouvernement, et que pour éviter les abus, le pouvoir de faire les lois et le pouvoir de les appliquer ne doivent pas résider dans les mêmes mains.

Le principe de séparation des pouvoirs nous informe qu’un gouvernement tyrannique détruit l’autorité,laquelle est inhérente à la liberté du peuple. L’être, pour se construire a besoin d’une autorité, mais elle doit être consentie. Les enfants, les écoliers, les collégiens eux-même réclament de l’autorité, à condition qu’elle préserve le respect réciproque, qu’elle soit raisonnable et réfléchie. De même, une entreprise ne peut subsister sans autorité car les acteurs ont besoin d’un cap à suivre quileur est fixé par leur dirigeant, sans pour autant user de violence.

Dans La Crise de la Culture, Hannah Arendt, apporte justement une définition de l’autorité en l’opposant à ce qu’elle n’est pas. Premièrement, elle n’est pas « violence », car le tyran qui l’emploie voit en elle un moyen de coercition pour « gouverner conformément à sa volonté et à son intérêt »[1], et atteindre des objectifsqui ne sont pas nécessairement connus de ceux qui obéissent. Parce que les objectifs sont méconnus de la majorité ( à l’exception de celui qui ordonne ), l’obéissance recherchée devient soumission ou « contrainte par la force ».[2] L’autorité violente est donc illégitime. Deuxièmement, elle n’est pas « persuasion » car celle-ci « s’opère par un processus d’argumentation »[3].
Or, l’autorité…