Dissertation poésie

La poésie, bien qu’elle fut un art longtemps très limité par toutes les contraintes qu’elle subissait et qui l’enfermaient dans le carcan d’une tradition très fermée, est, des formes littéraires, sans doute le plus varié, le plus libre, et possédant un nombre de ressources infini. En s’interrogeant sur ces ressources, sur ces possibilités si grandes et si variées, on peut s’interroger sur lafaçon dont la poésie doit être lue. Doit-on partir du principe que cet art est oral ? La poésie doit-elle être lue à voix haute pour être totalement appréciée ? C’est à cette question que nous allons tâcher de répondre, en nous penchant tout d’abord sur l’aspect traditionnellement oral de la poésie, puis sur sa dimension écrite, visuelle.

Tout d’abord, il nous faut nous interresser aux originespremières de la poésie, avec les mythes, les légendes, les épopées. Tous étaient, à l’époque, racontés, chantés, et cela à voix haute nécessairement, par des aèdes, des griots, des conteurs, des bardes, des troubadours, etc. La poésie est donc originellement rattachée à une tradition orale. C’était ainsi que se transmettait par exemple l’histoire d’un peuple, d’un héros, ou simplement des histoiresd’invention pour distraire ou instruire, et cette diffusion passait nécessairement par la lecture à voix haute, car cela permettait un élargissement de la culture littéraire même à cette époque où l’analphabétisme était très élevé. On peut prendre comme exemple simple de l’Illiade et l’Odyssée, d’Homer : ces épopées racontant en vers l’histoire de la guerre de troie et du retour d’Ulysse dans sapatrie, furent très longtemps entièrement transmises par le chant. Ainsi, bien que la poésie soit devenue avec le temps un genre littéraire, et donc par cela écrit, elle continue de s’inspirer de procédés de la tradition orale.
En effet, c’est ces procédés issus de l’ancienne oralité traditionnelle qu’on accordait à la poésie, qui font aujourd’hui toute la musicalité des textes aujourd’huiencore. Ce sont les jeux sonores, quelques qu’ils soient, qui confèrent aux poèmes ce sans quoi ils ne seraient plus des poèmes, ce qui fait qu’on reconnait la poésie en prose des textes littéraires ordinaires : le lyrisme (dans le sens musical du terme) est encore ce qui fait d’une poésie une poésie. Jeux de mots, allitérations, assonances, etc, tout cela est le fruit de la poésie à l’époque où elleétait chantée. Et c’est à l’oral que ces jeux sonores peuvent apparaître : il faut lire les textes à voix haute pour déceler tout ce que les strophes peuvent nous dévoiler, car sens et sons sont indisociables dans la poésie. Les sonorités ont toute leur importance : c’est ce que l’on voit dans des poèmes tels que par exemple celui de Victor Hugo, « Une nuit qu’on entendait la mer sans la voir ». Ilfaut une lecture à haute voix du texte pour entendre le bruit de la mer, des vagues, du vent, et ainsi donc saisir tout l’interêt du poème et percevoir toute sa musicalité. Pour être touché par le texte, être sensible à sa beauté et comprendre ses volontés, il faut l’entendre récité, avec certaines intonations qui permetteront de lui donner son sens et son relief.
Par ailleurs, la poésie n’estpas un art figé, et pour survivre et avoir une importance elle doit être déclamer. Comme à l’époque des aèdes, il faut la diffuser : elle doit se faire entendre. Et pour cela il faut nécessairement la lire à voix haute. Prenons comme exemple de cela la poésie engagée : cette forme de poème est la démonstration même du besoin qu’a cet art d’être réciter à l’oral. Pour se faire entendre et avoir unimpact, toucher les gens, heurter les sensibilités, trouver un écho dans les actes des gens, pour être reconnue, simplement pour faire évoluer les choses, la poésie doit avoir une « existence orale ». Cette lecture à voix haute, cette déclamation publique, ce corps à corps de la voix du lecteur avec la voix du poète, permet à la fois une comprehension plus entière du sens, une diffusion massive…